Ecrire encore

juin 2017
Ecrire encore

Écrire encore est un texte collectif. Écrire encore est à la fois rétrospective et perspective. En tout, 76 écrivant-e-s – étudiant-e-s et enseignant-e-s actuel-le-s et ancien-ne-s, se sont embarqué-e-s dans l'expérience suivante: Elles/ ils ont reçu un texte et avaient 72 heures de temps pour y répondre. Il leur revenait de décider ce que signifiait pour elles/eux "répondre à un texte". Certain-e-s ont repris des motifs, d'autres des figures ou des mots, d'autres ont rebondit et poursuivit des intrigues, se sont emparé d'ambiances, ou ont littérairement fait appel à un autre monde. Les auteur-e-s ont envoyé cette réponse – et uniquement cette réponse – à la personne suivante dans la chaîne. Celle-ci a répondu à son tour puis a envoyé sa réponse à la personne suivante. Et ainsi de suite.

Ce qui ressort de ce cadre de jeu, dans les transitions, dans les marges, ce n'est rien d'autre que le plaisir d'écrire. En tant que lecteur, on reconnaît – ou l'on pense du moins reconnaître, quels chemins les têtes écrivantes ont choisi de suivre, ces chemins sont tous très différents, très uniques, très spontanés. Ce qu'il y a de particulier ici, c'est que les chemins ne se dessinent pas entre deux, mais entre beaucoup d'écrivant-e-s. Ce qui en résulte, c'est un texte qui va toujours de l'avant, qui pense loin et qui tend vers un tiers. Un texte absolument commune, démocratiquement flagrante, sauvagement aventureuse.

Paru aux éditions biennoises die Brotsuppe en juin 2017
228 pages, 23 Fr

extrait audio I, p. 56-64, lu par Clara Gudehus

extrait audio II, p. 64-74, lu par Clara Gudehus et Gaia Grandin

 

Paroles d'aînés

mai 2017
Paroles d'aînés
Parole d’aînés, c’est un atelier d’écriture, mené par Michel Layaz. 
Parole d’aînés, c’est la rencontre de deux générations. Etudiant-e-s et troisième âge.
Parole d’aînés, c’est l’occasion d’entrer dans une intimité. 
Parole d’aînés, c’est un voyage dans le temps.
Parole d’aînés, c’est apprendre à écrire l’autre.
Parole d’aînés, c’est mettre en mots une histoire qui ne nous appartient pas.
Parole d’aînés, c’est plusieurs visites à l’EMS de Ried.
Parole d’aînés, c’est une magnifique aventure.

   
 

 

Papillons

D’abord, un léger stress. Le trac. Répondrez-vous à mes questions ? Accepterez-vous de vous livrer à nouveau ? Arriverai-je à vous mettre en mots ?

Mélange de peur et d’excitation. Je vais vous revoir. Des dizaines de papillons jouent dans mon estomac.

L’arrivée. Le regard emprunté de notre hôte. « Frau Jenny ist im Spital. »

Les papillons deviennent bloc de glace. Plus rien ne vole, plus rien ne vit.

Sourire, tenter de comprendre. On ne peut rien me dire, bien sûr. Je peux tout imaginer.

Je ne vous ai vue qu’une fois. Cela ne me suffit pas. Je ne parle pas de textes inachevés, je parle de rencontres, du plaisir de vous écouter. Je parle de vos conseils. De ces « boeuferies » qui vous viennent sans cesse aux lèvres. J’aime votre accent allemand, qui me donne l’impression d’être avec ma famille paternelle. J’aime votre histoire d’amour qui a débuté vers une machine à café. J’aime la passion qui vous anime lorsque vous parlez de vos filles. J’aime votre regard. Profond et facétieux.

Une fois, cela ne suffit pas.

Mais vous n’êtes pas là. Vous êtes im Spital. La langue n’est pas la mienne. C’est la vôtre. Je peux croire que j’ai mal compris. Je peux l’imaginer durant une fraction de seconde. Illusion.

Spital. Hôpital. Un mot que je connais bien. Un lieu que je connais bien. Un univers.

Est-ce votre souffle qui vous a renvoyée entre les mains de toutes ces blouses blanches ? Vous ne les portez pas dans votre cœur. C’est à cela que je pense à présent. Vous sortez d’un séjour prolongé, et selon vos dire ils étaient ravi de vous voir partir. Votre sourire en coin. De la fierté. Je vous ai aimée pour cela.

Je sais que vous avez souri. Je sais que vous portiez un pull vert. Mais je serais incapable de vous décrire. Votre image s’efface. Plus je tente de m’en emparer, plus elle m’échappe. Volatile. La renaissance des papillons ?

Toujours revenir à l’annonce. Au coup de poing. Une nouvelle inattendue, brutale. Basculer. La noyade. L’écho de mille autres annonces détestables. Ces deux semaines à attendre ma grand-maman au bois dormant. Cette maladie. Ce décès. Tout remonte. Tsunami. Ravage. Mais sourire. En apparence, l’eau doit être calme.

Vous voyez, j’essaie de parler d’autres choses. Ecrire mes souvenirs. Tout pour éviter de spéculer. Mais, Madame Jenny, que vous arrive-t-il ? Quand serez-vous de retour dans cette demeure ? Frontière de la ville et de la campagne. Domestiquée, mais sauvage. Comme vous.

Je peux faire semblant. Changer de sujet, sourire, rire même. Mais vous êtes au coin de mes lèvres. Une ombre. Comment allez-vous maintenant ? Et maintenant ?

Commence une longue série de téléphones. A chaque fois, l’appréhension. Etes-vous de retour ? Y a-t-il des nouvelles ? Bonnes ? Mauvaises ? On ne sait pas. On ne sait jamais. Et quand on me propose de me passer « la cellule » pour m’expliquer, je me défile. Illégitime. Je suis illégitime. Et j’ai peur. Je bafouille. Je ne veux pas déranger. Peut-être que je ne veux pas savoir. C’est bête. Je pourrais être rassurée. Mais je ne le suis pas. Et j’attends.

Votre absence vous rend plus proche. Je pense à vous. Vous ne me quittez plus. Je n’ai plus peur que vous refusiez de me répondre. Je crains que vous n’en ayez pas l’occasion.

Les papillons ont ressuscité. Ils se battent dans mes entrailles. Quand vous reverrai-je ?

(Marilou Rytz)

Invasion littéraire

mars 2017
Invasion littéraire

Nous étions quinze. Nous étions dans une même pièce de seize heures de l’après-midi à minuit. Nous avons écrit huit heures de temps et avons envahi cette pièce avec nos textes. C’était la Nuit des musées de Berne et la fenêtre ne s’ouvrait pas. On nous a dit que c’est comme ça, de nos jours, dans le nouvel établissement de la section Musique de la HKB à la Ostermundigenstrasse. Nous avons écrit à la main, nous avons utilisé des machines à écrire et des tampons. Nous avons constaté qu’on peut écrire vraiment beaucoup, quand on est si nombreux. Et qu’on devient quand même fatigué. Mais nous n’étions jamais épuisés, car nous avions une licorne littéraire auprès de nous. Mais oui !






( (c) images 1 et 5: Franziska Rothebühler)

 

 

Vies meubles

mars 2017

© Saül Steinberg

 Élodie Masin, étudiante de troisième année du Bachelor, nous raconte la genèse du projet "Vies meubles", une création originale d'étudiant-e-s, en collaboration avec des diplômé-e-s de l'Institut littéraire et avec le soutien de la metteuse en scène et enseignante Angela Koerfer-Bürger. Pour les étudiant-e-s participants, cette création est réalisée en tant que projet étudiant, s’inscrivant dans le cursus de leurs études. Le travail à ce projet (qui est toujours choisi librement et réalisé de manière autonome par les étudiant-e-s, seul-e-s ou en groupe) est reconnu comme partie des études et se voit ainsi récompensé par des crédits ECTS. La forme des projets étudiants est totalement libre: de la chanson de rap au court-métrage, de l'expérimentation collaborative à la traduction de texte, tout est possible. 

Tu sais qui habite ici ?
Des jeunes familles qui essaient franchement de leur mieux de survivre ! Des enfants trop responsables qui ont trop sur l'assiette, des mères qui portent simplement leur désir d'un avenir sûr. Des pères qui ont trop perdu, qui ont trop peur !
Des esprits généreux, bien que particuliers, bien que solitaires...
Sjoukje, la dame âgée, rez-de-chaussée 

Nous sommes 9 auteures étudiant-e-s ou diplômé-e-s de l’Institut littéraire suisse qui avons maçonné à 18 mains un immeuble avec ses multiples existences humaines. Si au début chaque auteur avait son personnage précis, avec sa personnalité, son univers particulier, très vite des correspondances sont nées entre les parcours de vie quotidienne des habitants. Ainsi, la vieille Sjoukje et le jeune Jules se prennent d’affection l’un pour l’autre, et deviennent complices pour une lettre que Jules veut intercepter à tout prix… Ce Jules qui est justement amoureux de la douce et très responsable Amandine, aussi jeune que lui, qui a pour conseillère et marraine Marisa, la jeune mère célibataire du deuxième étage, qui elle, pourrait peut-être rêver aux mains de Selim, ce jeune homme Marocain, meilleur ami de Ludovic Chassot, celui dont la musique se glisse sous toutes les portes de l’immeuble, qui recèle encore beaucoup d’autres existences tragiques, belles, complexes, solitaires, particulières, simples, très simples.

Un immeuble donc, où des vies meubles se meuvent tranquillement ou tempétueusement, mais qui, un jour, vont être secouées plus que de coutume par un événement imprévu. Des vies meubles d’une mouvance qui après ce choc, les mènera toutes à la métamorphose.

Un spectacle entre la lecture théâtrale et le théâtre littéraire, entre lecture et jeu, est en train de naître, lui aussi. Avec le soutien d’Angela Koerfer-Bürger, metteuse en scène et enseignante à la HKB, nous créons un scénario qui soude encore plus les vies des habitant-e-s dans le cadre d’une pièce de théâtre.  A la fin du mois de mars, nous commencerons à répéter dans l’espace du Théâtre de La Maison de quartier sous-gare, à Lausanne, où nous lirons-jouerons le 8 avril, à 16 heures et à 20 heures. Angela Koerfer-Bürger nous mettra en scène, dans une énergie de lecture tonique, c’est-à-dire avec une certaine présence et force de la voix. Une exploration et exploitation de l’espace sont aussi envisagées par Angela Koerfer-Bürger.  

La vie mode d’emploi, explique Georges Perec, a pris ses racines, entre autres, dans un dessin de Saül Steinberg, Espèces d’espaces…

Notre immeuble respire aussi le vertige, et la bizzarerie, comme celle d’André Lerne par exemple, qui recherche continuellement du bois ou du papier pour nourrir son hydre. La bizzarerie, celle que nous connaissons tous, celle qui fait à tous notre quotidien, et qu’il faut bien s’avouer un peu, tendrement.

André Lerne: - Marius, Sacha! Bonjour…Excusez-moi, vous n’auriez pas reçu par erreur un magazine littéraire dans votre boîte aux lettres?

Sacha: - Hum…Non, pas vu.

Marius: - Non plus.

André: Arf, tanpis. Je vais demander à Ludovic.

  © Saül Steinberg© Saül Steinberg 

Assis sur son canapé, Ludovic Chassot prend le  temps  de  parcourir  les  offres  d’emploi.  Si  les  premiers  mois  il  tentait  de  se représenter  le poste au concours, triait, en  fonction de  ce qui  lui  semblait  être le plus proche de  ses  domaines  de  compétences,  désormais,  suivant  les conseils  de  sa  conseillère  de placement,  il  « a  cessé  de  se  montrer  trop  exigeant », et  envoie  sa  candidature  partout,  sans filtres. Il a vingt modèles de lettres-types différentes, qu’il ne prend plus la peine de remanier.

Il travaille avec  méthode, rigueur, précision et  rapidité.

Un vrai expert de  la candidature.  Un demandeur d’emploi professionnel.

© Saül Steinberg

À chaque intrusion, mon père potasse son registre de nos biens pendant deux semaines. Deux semaines qu’on n’a plus le droit de recevoir qui que ce soit pour éviter d’effacer les traces d’un éventuel vol. Deux semaines qu’on doit inscrire scrupuleusement tout ce qui sort avec nous de l’appartement. Tout  ça  pour  qu’il  finisse  par  nous  annoncer,  la  mine  grave,  le  front soucieux,  qu’il  manque  un  gant  blanc  à  pois  rose,  taille  6  ans,  que  mes parents   gardent  au-dessus  de  l’ armoire  de  leur  chambre  pour  leurs  potentiels  futurs  petits  enfants.  C’est  déjà arrivé, je n’invente rien.      
Jules 

© Saül Steinberg

Selim pense: - J’attends tout plein de choses, le sommeil, une femme de ma vie. Ah oui celle-là je l’attends, mais n’allez pas vous imaginer que je fous rien. Je me bouge le cul. J’écris, j’écris énormément. Quand vous n’avez pas vécu quelque chose avec une femme depuis longtemps, vous êtes mal, tellement mal. Dans la tête et dans le corps. 

Marisa pense: - J’ai encore croisé Selim, qui m’a tenu la porte. C’est le seul qui semble remarquer que nous existons, qui nous voit, qui nous adresse la parole.

Marisa pense : Ma fille, tu t’appelles Ariane. Je connaissais le fil d’Ariane et l’histoire du labyrinthe. J’ai trouvé ça joli. Que tu sois mon fil qui me guide à travers les difficultés. J’avais oublié Thésée et Ariane abandonnée.

Mais toutes ces vies vont connaître un choc imprévu, un coup du destin soudain, commun à toutes, qui entrainera un changement radical. Une métamorphose, qui sait… 

© Saül Steinberg

Selim : Je m’appelle Selim.
Marisa : Moi c’est Marisa, enchantée.
Selim : Tout l’enchantement est pour moi !

En fait on peut aussi écrire : Il y a du bruit.

mars 2017
En fait on peut aussi écrire : Il y a du bruit.

Chère Lara, cher Marshall. Vous êtes tous les deux en troisième année, votre dernière année d’étude, ça signifie que vous avez déposé votre dossier de candidature il y a exactement trois ans. Vous souvenez-vous de l’entretien d’admission ?

Marshall: Je me souviens que j’étais arrivé beaucoup trop tôt à Bienne. J’ai fait une promenade au bord du lac, ensuite je suis venu à l’Institut mais comme il était encore trop tôt, je me suis assis un moment dans le parc. J’étais très nerveux. Mais pendant l’entretien, tout le monde était très gentil, ça m’a aidé. J’ai pensé que je ne serai pas admis, parce que nous n’avions pas du tout parlé de mes textes, mais de mes vacances, de mes conditions de logement, ce genre de choses.

Lara: C’était pareil pour moi.

Marshall: Et ils m’ont aussi demandé si j’écris à la main, des trucs comme ça. En tout cas, je me suis dit que s’ils avaient trouvé les textes bons, ils me l’auraient dit. Mais comme ils n’ont rien dit, j’ai pensé qu’ils n’avaient pas aimé mon dossier.

Lara: Je suis venue avec ma mère et une amie en voiture depuis l’Allemagne. La soirée avant l’entretien, nous étions à Berne et j’avais de tels maux d’estomacs à cause de la nervosité que j’ai dû aller au lit et ma mère est allée m’acheter toutes sortes de médicaments. Le lendemain, à Bienne, je suis descendue de la voiture et j’ai demandé à ma mère si elle pensait que l’Institut littéraire existait vraiment. Elle n’était plus très sûre non plus… L’entretien en lui-même était bien. Le jury a apprécié mes textes et me l’a dit. Un des membres de la commission, qui n’avait pas encore dit grand-chose jusque-là, m’a demandé ce que je faisais comme métier. À cette époque je travaillais dans un call-center. Il a répondu qu’à l’Institut ça ne pourra sûrement pas être pire.

 

Avez-vous montré les textes de votre dossier à quelqu’un, avant de les envoyer ? Avez-vous écrit les textes spécialement pour le dossier de candidature ou avez-vous pris des textes déjà existants ?

Marshall: Je ne m’en souviens pas vraiment. Je crois que je les ai montrés à mes parents, mais c’est tout. Dans mon dossier il n’y avait que des textes que j’avais déjà.

Lara: Un des textes je l’ai écrit exprès pour le dossier, mais le reste existait déjà. Je parlais parfois de mes textes avec des amis, mais plutôt parce qu’ils me le demandaient. Moi je n’en avais pas spécialement envie, parce qu’on ne pouvait pas vraiment parler des textes que j’écrivais avant.

 

Comment était-ce quand les études ont commencé ? Vous souvenez-vous encore de votre première journée dans un atelier d’écriture ?

Marshall: J’étais totalement paniqué parce que je n’avais jamais lu mes textes devant autant de personnes. J’ai eu tellement chaud en lisant, que les verres de mes lunettes se sont embuées. Après la lecture j’étais soulagé, parce que les autres ont dit qu’ils avait trouvé mon texte beau.

Lara: Avant l’atelier j’étais très anxieuse. Mais une fois assise dans cet atelier, j’ai eu l’impression que ce qui se passait là, c’était une chose que j’avais justement attendue depuis très longtemps. C’était un sentiment très satisfaisant – être dans une salle, où l’on parle de quelque chose qui est extrêmement important pour moi et qui est extrêmement important aussi pour les autres. Et aussi : apprendre à connaître des gens à travers leurs textes.

 

Si vous observez ces souvenirs de comment vous étiez au début de vos études, est-ce que vous pouvez dire de quelle manière votre écriture a changé au cours de ces trois années ?

Marshall : Je suis devenu un peu plus sûr de moi. Maintenant je sais mieux ce qui me plaît dans mes textes et ce qui ne me plaît pas. Est-ce que j’arrive à le mettre en pratique, c’est évidemment une autre question. Je suis devenu moins kitsch. Avant de venir à l’Institut, je n’écrivais qu’à propos des femmes. Avant j’avais aussi l’impression qu’il fallait utiliser des formules toutes faites pour faire de la littérature. Qu’il fallait par exemple écrire : Le bruit envahit la nuit. Mais en fait on peut aussi écrire : Il y a du bruit.

Lara : Avant, en tant que lectrice, j’étais très renfermée du point de vue de ce que j’aimais et ce que je trouvais bien, ça a bien changé depuis. Avant, quand j’écrivais, je ne réfléchissais pas vraiment sur ce que je faisais. Maintenant j’ai plus d’exigence envers le texte, un sentiment plus précis de ce qu’il devrait être, pour que je le trouve bien. Je pense que l’on devrait mettre dans son écriture toute l’énergie et la concentration que l’on a à disposition. L’écriture est devenue beaucoup plus importante pour moi, j’écris de manière plus sérieuse, avec plus de concentration. Je me demande maintenant à quel endroit se trouve un personnage, comment il se sent, pourquoi il dit quelque chose à un moment et pourquoi à ce moment-là. Ce n’est plus la langue que l’on suit, mais ce qui se passe. Ainsi, les choses dans le texte développent leur propre existence, indépendamment de moi.

 

Est-ce que vous voulez donner un conseil à celles et ceux qui sont maintenant en train de préparer leur dossier de candidature ?

Lara : Moi je n’y arrive pas encore, mais : se stresser autant que possible pour les textes que l’on écrit et se stresser le moins possible pour soi-même. En fait, c’est la condition idéale.

 

(illustration: Lara)

Maude d'outre-mer

janvier 2017
Maude d'outre-mer

Durant le semestre d'automne 2016-17, Maude Sollberger, étudiante de deuxième année de Bachelor à l'Institut littéraire, a séjourné au Canada pour un semestre d'échange à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle nous livre ici quelques impressions et des extraits de son travail lors de son séjour outre-atlantique :

Quatre mois plus que riches à l'autre bout du monde, comme une parenthèse un peu irréelle, un séjour ailleurs dans le monde, loin de tout.
Dix (et demi) adjectifs pour décrire mon séjour, ma liste sera loin d'être exhaustive, mais c'est un bref aperçu des milliers d'images et sensations qui restent dans ma mémoire.

Au Canada,
la nourriture est étonnante
ma colocataire Chloé est drôle
les températures sont très chaudes et très froides
l'université est énorme
les enseignants sont québécois
les rencontres sont internationales
les métros sont semblables à tous les métros du monde
l'accent est contagieux
les gens sont chaleureux
voyager, tout quitter pour recommencer puis revenir en se sentant un peu changée est stimulant

 

Dans le blanc

 

Making friends

 

L'UQAM

 

pourpre plume

un quart de vie
faible idée
âme de poète

elle aime le pouvoir du papier
l'encre
un blanc glacial teinté
traces noires
perdue entre ses draps vient l'heure
gloire secrète
elle écrit – pourpre plume

elle trouve un univers
des amis
accrochés au mur
illuminés
création dessinée en chanson
parmi ses débris épars
aucun interdit – pourpre plume

armée verbale
les guerres couchées sur le papier
elle dirige
royauté secrète
tous ses visages tristes
elle marche, insignifiante
un hymne – pourpre plume

à l'aube
années en noir et blanc
les feutres dessinent
sans jamais dépasser
avant même la création
idées confuses
la passion, le sang – pourpre plume
                  
face au miroir
mille visages inconnus
petite plume devenue femme
étrangère à ce corps
elle blâme, elle blâme
toute nue
vierge encore – pourpre plume

écrire en cercle
une maturité disparue
par moment
mélange amer nouveau ancien
les traces noires sur le blanc
elle dévore
se nourrit – pourpre plume

les mots mûrissent

massif montagneux
désert sous l'orage
corridor humide
une jungle assassine les cerveaux invalides
l'écriture
a cent identités
et vingt visages – pourpre plume

le sablier s'excite
gribouiller en vrac les fils emmêlés
ce qu'elle veut dire encore

les mots pourrissent

goûter quelques miettes
et recommencer.

HKB Jahrbuch 2016

janvier 2017
HKB Jahrbuch 2016

Le Jahrbuch, publication annuelle de la Haute école des arts de Berne HKB, est cette année spécialement dédié à l’Institut littéraire suisse pour son jubilée. Le faux ami « brisant », thème choisi par la rédaction, est la colonne vertébrale de cette publication. Finalement 12 contributions au total, divisées en 4 mouvements, se répondent, interagissent et se complètent.

Il y a l’apparition d’un oiseau noir qui dans l’éclat d’un rêve éveillé devient doré.

Il y a des questions en cascades :

« Est-ce que je peux t’offrir quelque chose en échange? Un début d’histoire ? Un mot étrange ? Une onomatopée ? Vas-y, fouille ! » p. 62, Le recycleur, Thomas Sandoz

Il y a des affirmations flatteuses :

“This is, how I see your work. I appreciate the humor, the exactness of actions and the beauty of professionalism in it. I hope you find yourself in this description.” P. 116, en tra VERS ant, Heike Fiedler

Il y a la méfiance pour les mots d’une langue étrangère :

„I cha nid guet Französisch. Iha mr Müe gä bim Läse, di Wörter richtig uszschpräche.“ p. 20, Max, Guy Krneta

Et bien plus encore dans le Jahrbuch 2016… Commandez votre exemplaire: lit@hkb.bfh.ch

Avec les contributions littéraires, visuelles, musicales et sonores de

Présentations semestrielles

décembre 2016
Présentations semestrielles

Échos: Lors des présentations semestrielles, les étudiant-e-s de première et deuxième année lisent des extraits de textes sur lesquels elles/ ils ont travaillé avec leur menta/ mentor. Vingt-neuf voix qui lisent chacune six minutes, cela donne un après-midi entier par semestre rempli de textes : des histoires courtes, nouvelles, fragments, pièces radiophoniques, extraits.
Au semestre de printemps, ces lectures sont suivies quelques jours plus tard par les entretiens d’évaluations semestrielles, pour lesquelles les étudiant-e-s doivent remettre leurs textes qui seront lus et commentés par leur mentor/menta, un-e deuxième mentor/menta et un-e expert-e. À la fin du semestre d’automne, c’est seulement le mentor/ la menta de chaque étudiant-e qui détermine si le module « mentorat » est acquis. Il décide sur la base de l’accord de mentorat, que tou-te-s les mentors/ mentas concluent avec leur menté-e au début du semestre. Dans cet accord, les étudiant-e-s dessinent les contours des projets, sur lesquels ils vont travailler et planifient les dates des rencontres de mentorat pour le semestre.
Mais revenons aux présentations semestrielles de ce semestre qui ont eu lieu le 12 décembre: 4 heures pour 29 univers littéraires différents, c’est un vrai défi ! 1'731 signes pour 29 univers littéraires différents, c’est tout simplement dérisoire. Voici tout de même – avec grande précaution – un essai de cut-up: des phrases tirées de chaque texte, griffonnées ou gardées – plus ou moins – en mémoire, puis traduites librement de l’allemand:

Le couple échange deux phrases, la mouche se pose – ou pas. // Peut être un promeneur insomniaque. // Outre la pendule de l’horloge de grand-mère, qui survivrait probablement à une guerre nucléaire et continuerait à faire tic-tac, rien ne bougeait dans la pièce.// Nous aurions aimé avoir un parapluie.// Je ne sais pas si j’étais soulagé.// À cet endroit elle marquait toujours une pause.// J’ai déjà résisté plusieurs siècles, mais celui-ci était de loin le plus rude.// Le soi-disant cadeau de la léthargie. // Il y a quelqu’un qui vit à l’intérieur de moi. Il joue sans arrêt de la musique.// Je m’agaçais de ne pas pouvoir dire de quelle sorte étaient ces plantes.// Ma pelle est justement de la taille de ma main.// Les différences étaient petites, mais il ne fallait pas les sous-estimer.// S’il pouvait s’imaginer de se voir chaque soir servi du café au lait et un assortiment de charcuterie.// Sur le sang sur les routes, dis-je.// À jamais je ne peux pas garantir.// J’ai assassiné l’horloge murale, maintenant je t’attends.// Les gens qui savent ouvrir leur cœur à n’importe qui, m’ont toujours paru suspect.// Mais soudain j’ai pensé aux palmures entre ses doigts et je suis resté.// J’ai perdu ma main en dormant, c’était lors de la première nuit de juin de cette année.// Jadis des hélices étaient fondues ici.// L’ombre se redresse et sourit.// Guidé par le hasard, on retourne encore et toujours au point de départ.// Le chemin n’avait jamais été rangé.// Derrière le nain se dresse un framboisier.// Ils restaient silencieux et s’enseignaient une langue des signes.// Ma tête est un peu mieux fixée sur mes épaules, que la tienne sur les tiennes.// Je m’entraîne pour vivre dans le lac. // C’était une déclaration.

 

 

Symposium Écrire en dialoguant – Wortwechsel – Writing as dialogue

novembre 2016
Symposium Écrire en dialoguant – Wortwechsel – Writing as dialogue

L’écriture est traditionnellement perçue comme une activité solitaire, silencieuse. Et si, en fait, le dialogue était partie intégrante du processus d’écriture ? Et si ce dialogue se reflétait dans le texte? La question se trouvait au coeur du colloque international WORTWECHSEL – ÉCRIRE EN DIALOGUANT – WRITING AS DIALOGUE, qui s’est tenu à Bienne du 24 au 26 novembre 2016. Organisée dans le cadre du projet de recherche « Schreiben im Zwiegespräch », de la Haute école des arts de Berne – pôle de recherche intermédialité, la conférence a rassemblé des chercheurs, chercheuses, auteurs, autrices, traducteurs, traductrices, éditeurs, éditrices d’Allemagne, de France, de Grande Bretagne, des États-Unis, du Canada, de Suisse et d’Autriche. Les différentes présentations se sont tenues en trois langues et ont été relatées dans un blog éphémère et polyglotte, par des étudiant-e-s et collaborateurs/trices de l’Institut littéraire suisse.

En voici quelques extraits:

Jo Lendle, eine Zeichnung von J. König

L'éditeur allemand Jo Lendle, un portrait signé Jennifer König

 

 

WAS IN DER KAFFEEPAUSE DAS HAUS VERLÄSST:

oben
etwas
haar
dann
vor
allem
carbonfasern
verschmolzen zu
einem roten cello-
koffer der glänzt
wo er sich wölbt
und platz lässt für
schnecke griffbrett
steg unten noch ein
stück mantel etwas
jeans und stiefel
beim gang über
die strasse

 

Alexandra Zysset

 

 

De parfaits wreaders

La performance du texte commence dans la salle: il faut monter sur une chaise et pousser des deux mains le beamer pour les mots de Jerome Fletcher  soient projetés sur l’écran plutôt que sur la table qui sert de support au texte de sa présentation. Puis c’est au micro de faire monter la tension avec une légère mais persistante menace de larsen dans les graves: on se croirait dans un film de David Lynch. Alors les lumières sont éteintes, rallumées, baissées au minimum. Dans la pénombre, Jerome fait remarquer que l’important, c’est qu’on voie les mots, pas lui.

Un texte numérique a besoin d’une machine numérique pour être produit. Mais le contraire n’est pas vrai: on peut utiliser une machine pour composer un texte qui sera imprimé. Pour qu’un ordinateur puisse produire un texte, pour qu’il puisse nous inviter à participer à son élaboration et devenir de parfaits wreaders le temps d’une performance, il a besoin d’un autre texte, d’un pré-texte: le code, mystérieux, que personne à part les initiés ne sait lire. Le code qui n’a qu’un seul sens: ce qu’il fait. Le code qui nous dit, qui formate nos actions et nos comportements. Le code, à lui seul une œuvre d’art.

 

Toutes les voix qu'il pourrait écrire

La traduction, c’est apprendre à écrire sous des contraintes extrêmes, apprendre à repousser les frontières de sa propre langue comme l’auteur l’a fait avec la sienne en lui donnant la forme de ce qu’il avait à dire. La traduction ouvre les possibles: l’écrivain cherche sa voix, le traducteur explore toutes les voix qu’il pourrait écrire. La traduction, c’est retrouver la séquence à travers laquelle les informations doivent arriver au lecteur. La traduction, c’est quinze pour cent de travail avec l’original et huitante-cinq pour cent à se débattre avec la langue cible. Et puis il y a cette phrase de Robert Walser que Susan Bernofsky essaie de retrouver, cette phrase si belle qui parle d’oiseaux et qui avait été si bien traduite.

Les exercices que Susan donne à ses étudiants de Columbia sont extrêmement pratiques. Par exemple, des pages avec une version en anglais en haut et une version dans une autre langue en bas: découvrir quel est l’original. Il y a souvent de grandes discussions et un texte où tout le monde ou presque tombe dans le panneau: Pour qui sonne le glas, d’Hemingway. Parce que l’intrigue se déroule en Espagne et que la langue de l’original est inhabituelle, rigide, alors que c’est justement dans la traduction qu’on s’attend à trouver des faux plis. Vous savez, il faut jouer franc jeu avec les étudiants: en définitive, on essaie de leur enseigner quelque chose dont on ne sait pas bien ce que c’est.

Pierre Fankhauser

En dix ans...

novembre 2016
En dix ans...

En dix ans, on peut partir en voyage, aller à la pêche et s'embellir. Durant les dix années qui se sont écoulées d’octobre 2006 à octobre 2016, presque cent étudiantes et étudiants ont obtenu un Bachelor en écriture littéraire. Cet anniversaire a été célébré le 27 octobre à l’Institut littéraire suisse à l’aide de discours, de performances et de risotto. Tout ce que l’on peut encore faire en l’espace de dix ans, Anja Delz, Lou Meili, Gaia Grandin, Julia von Lucadou, Marco de las Heras et Jana Heinicke – qui ont étudié ou étudient encore à l’Institut littéraire – l’ont rassemblé dans leurs textes pour une performance élaborée sous la direction de Michael Stauffer, auteur et enseignant à l’Institut littéraire suisse. En voici quelques extraits: 

In 10 Johr bin ich e Fliegefischerin
In 10 Johr han ich e Fischeruswis gmacht
In 10 Johr bin ich uf de Fischfang ahgwiese
Will d Literatur nütt zahlt
In 10 Johr bin ich zfriede mit mim Läbe
In 10 Johr find ich mis Läbe als Fliegefischerin besser als als Autorin
In 10 Johr bin ich ziemlich zfriede ufemene Zältplatz am Bielersee am Fliegefische
In 10 Johr bin ich z Biel nonie mit em Bähnli uf Magglinge ufegfahre
In 10 Johr bin ich nid trurig drüber, dass ich nonie z Magglinge gsi bi
Will mich Sport nid interessiert
Usser s Fliegefische
In 10 Johr bin ich an jedem Ishockeymatch gsi in de Tissot Arena
In 10 Johr bin ich jedes mol debi ihgschlofe
Und jedes mol vomene Ellboge im Gsicht gweckt worde
In 10 Johr bin ich nonie useme Fänster klätteret
In 10 Johr bin ich scho us 24 Türe usegstürmt
In 10 Johr han ich alli die Türe gschletzt
Usnahmslos
In 10 Johr han ich aber mindestens 2 Fänsterschiebe miteme Stei ihgschlage
In 10 Johr han ich au einmol e Fisch ihgfrore und mit dem öbberem eins übere Chopf zoge
In 10 Johr bin ich die grössti Bielersee Egli Fischhändlerin in de Region
In 10 Johr beliefere ich de Coop und d Migros schwizwitt mit mine Bielersee Egli
In 10 Johr erfind ich e neue Fischerhogge wo GPS ihbaut het und ans Internet ahgschlosse isch, mit dem me jede Fisch imene Radius vo 25 Meter um e Fischerhogge cha usfindig mache
In 10 Johr bin ich unglaublich stolz uf das, was ich erreicht han
In 10 Johr frog ich mich, wie ich jemols sust ha chöne stolz uf mich si, will, das, was ich jetzt erreicht han, eifach so vill meh wärt isch
In 10 Johr bin ich unfähig, irgend es realistischs Urteil über mich z fälle, will ich eifach eso begeisteret vo mir sälber bin, will ich cha nid fasse, wie
guet
ich in de letzte 10 Johr
gworde bi.
auteure: Anja Delz

Dans 10 ans, je privilégierai le confort de mes pieds et ne porterai que des chaussures aux semelles ergonomiques et cela me sera égal qu'elles soient moches.
Dans 10 ans, je gagnerai régulièrement ma vie avec un métier banal mais au cahier des charges bien défini et sans surprise
Dans 10 ans, je ne me retrouverai plus à lire un texte improvisé devant un public ennuyé...
Dans 10 ans, je partirai en voyage, une fois par année, toujours au même endroit, pas trop loin, à la montagne...aux grisons peut-être.
Dans 10 ans, ma mère ne me demandera plus à chacune de nos rencontres si j'ai besoin d'argent.
Dans 10 ans je ne croirai plus qu'une catastrophe me sauvera de la retraite et je cotiserai pour un 3e pilier de prévoyance.
Dans 10 ans, j'aurai enfin réussi à diminuer mes visites chez la psy à deux visites hebdomadaires.
Dans 10 ans, je ne croirai plus que quelqu'un attende quelque chose de moi.
Dans 10 ans, mon seul contact social sera le club de lecture de la commune où on dégustera enfin, pour la première fois en 10 ans ma tarte au citron meringuée vegan comestible et le moment où la présidente du club de lecture me félicitera pour cet exploit culinaire sera le plus beau souvenir de ces dernières 10 années.
auteure: Gaia Grandin

In ten years I will be a much better person.
I will be completely optimized.
I will be very very pretty.
I will work out every day.
I will never be sick.
I will never talk to anyone, because people are bad for you.
I will be very anti-social but very popular. I will be on every screen.
In ten years I will be scared.
I will know no one.
I will have a spider for a pet.
I will be very suspicious of my pet spider.
In ten years I will be very different. I will be male.
I will be powerful.
I will be very rich. And because I’m very rich I will be in charge of a lot of people.
I will tell these people that they’re stupid. 
I will tell them that they’re ugly.
I will tell them to do better work.
I will be very mean but very successful.
In ten years I will be in charge of the Literature Institute in Biel.
Everything will be different.
No one will come to classes anymore but everybody will be writing – about me.
In ten years I will have my own little state, which will be beautiful, because, as we all know, Switzerland is the most beautiful country in the world.
The mountains will be even taller because my workers will add to them.
In ten years I will be very serious. I won’t make jokes anymore because life is not very funny.
In ten years there will be BBC camera crews filming me in my natural habitat.
They will be very happy to see me.
auteure: Julia von Lucadou

In 10 Jahren kannste, pass uff: dit Ding is, in 10 Jahren kannste einma um de Welt reisen. In 10 Jahren kannst, ick gloobe, du kannst in 10 Jahren fast alle Länder der Welt bereisen, und vielleicht ooch schaffste dit sogar, in 10 Jahren alle Länder der Welt zu bereisen, aber ick gloobe nicht, dass du dit in 10 Jahren schaffst, jeden Fleck uff dieser Welt kennen zu lernen. Und erst recht nich schaffste dit zum Mond, oder sonst wo anders hin in unsrem Sonnensystem. So. Ne? Dit schon ma vorneweg. Dit heißt, deine Möglichkeit zu reisen beschränkt sich in 10 Jahren schon ma nur uff diesen Planeten, wenn du, sachick ma ooch n jewisset Ziel vor OOgen hast und dit erreichen möchtest. So. In 10 Jahren, wat kannste noch machen in 10 Jahren, pass uff, ick sach dir gleich, watte in 10 Jahren noch machen kannst, pfff, in 10 Jahren kannste versuchen, irgendwat zu erfinden, wat vor dir noch keener erfunden hat, in 10 Jahren kannste dit aber ooch sein lassen. In 10 Jahren kannste dich wie verrückt anstrengen, n bessrer Mensch zu werden.
Dit kannste machen in 10 Jahren.
Du kannst in 10 Jahren zum Beispiel nur Schokolade essen, keen Sport machen. Und denn kannste ma kieken, wat nach 10 Jahren bei rum kommt.
Ick hab dit ma als Kind überlegt, dit zu machen, meene Mutter hat jesacht nöö, bin ick ihr jetz direkt dankbar dafür, so. In 10 Jahren, wat kannste noch machen. In 10 Jahren kannste, pff, ick weeß oo nee. In 10 Jahren kannste zum Beispiel, ick weeß nich, ähm, ick weeß echt nich watte in 10 Jahren noch machen kannst, wer bin ick denn ooch, dir zu sagen, watte in 10 Jahren allet machen sollst oder machen kannst, kannste ja selba noch ma überlejen, watte in 10 Jahren allet machen willst.
auteure: Jana Heinicke

 

 

 

Claire Genoux: ateliers d'écriture

octobre 2016
Claire Genoux: ateliers d'écriture

Chère Claire, c’est devenu une tradition ici à l’Institut, que tu animes un atelier d’écriture lors de la journée d’information (26 octobre). Cet atelier-découverte représente pour beaucoup de participant-e-s la tout première occasion de discuter de leurs textes en public. Que réponds-tu à celles et ceux qui manqueraient de courage à l'idée de parler de leurs textes en public?
Qu'il faut bien une première fois si l'on veut se diriger vers le métier d'auteur! C'est évidemment une prise de risque, déjà au niveau personnel parce qu'on va devenir le spectateur de son propre texte. Mais écrire, c'est de toute façon prendre un risque, à chaque page.

Te rappelles-tu de la première fois, où l'un de tes textes a été lu et commenté?
Oui, c'était durant mes études au Gymnase de la Cité. C'est mon professeur de français, l'écrivain Jacques Chessex qui m'a donné le premier ses commentaires sur mes textes. Je me rappelle à la fois sa bienveillance (il savait que mes textes étaient en travail ) et son exigence.

Comment t'y prends-tu lorsque tu discutes de textes ? A quoi fais-tu attention?
Je fais très attention à rester bienveillante et à ne porter aucun jugement même si certaines personnes demandent parfois que je sois "cash". Je ne crois pas que l'enjeu se situe là: oser dire que c'est nul, par exemple (ce que je refuse de faire même si le texte a beaucoup de faiblesses), car qui suis-je pour le dire? Je suis plutôt attentive au fait que l'étudiant accepte ou non le retravail. Pour moi c'est un signe important.

Fais-tu également des exercices d'écriture pour toi?
Je me donne parfois des contraintes au début de l'écriture d'un texte, cela aide à la production d'une première version, mais ce ne sont pas des exercices séparés de ce que je projette d'écrire.

A quelles frontières te confrontes-tu dans ton écriture?
Ce sont surtout des frontières internes. L'écriture est une appropriation de soi-même, de ses lumières et de ses ombres, une sorte de dialogue avec les profondeurs. Je me confronte souvent à ma propre confiance en moi.

Crois-tu que l'on peut s'améliorer par l'exercice?
Oui bien sûr! Mais le mot "exercice" n'est pas le bon, j'utiliserai plutôt le mot "métier". On apprend à écrire en écrivant, c'est tout. ça fait 20 ans que j'apprends à écrire.

Y a t'il un ouvrage spécialisé sur l'écriture que tu pourrais conseiller?
J'ai lu quelques manuels au tout début que j'ai donné des ateliers d'écriture, pour avoir quelques idées... et me rassurer. Après, j'ai surtout appris en pratiquant et en discutant avec mes collègues.

Si l'on te faisait une proposition très généreuse pour rédiger un ouvrage sur l'écriture, à quoi ressemblerait ce manuel ?
Ce manuel ressemblerait à une sorte de compte-rendu d'expériences, de ce que j'ai pu vivre et à quelles situations j'ai été confrontées dans telles ou telles situations où j'ai animé un atelier d'écriture.

(questions: R. Dürig)

 

Enseignant-e-s invité-e-s

septembre 2016
Enseignant-e-s invité-e-s

Le semestre d'automne : les deux platanes qui se dressent dans le parc, entre l'Institut littéraire et l'office de l'état civil, perdent leurs feuilles et le sujet favori de photo de mariage perd d'un coup toute son attractivité. Les marié-e-s posant à droite et à gauche, entre les troncs, se donnant parfois la main, s'embrassant ou se souriant. Laissons un instant les amoureux dans leur costumes acquis spécialement pour la journée sur leur tapis de feuilles et entrons dans l'Institut littéraire.

Ici, le semestre d'automne rime avec enseignant-e-s invité-e-s ! Surtout dans le groupe de modules 2 (Production de textes II - ateliers) les cours sont dispensés en général par des invités; ils proposent soit des ateliers semestriels (environ six rencontres, qui s'étalent sur tout le semestre) ou des ateliers blocs (deux ou trois rencontres intensives), avec une grande variété thématique. Nous nous réjouissons de recevoir pour le semestre d'automne les auteur-e-s suivant-e-s: Urs Mannhart sur le reportage, Joseph Incardona à propos de tragédie et roman noir, Friederike Kretzen avec Handwerk des Schreibens, Jenny Erpenbeck, qui va éclaircir le silence derrière la langue, Jerome Flechter spécialiste du Performance Writing et Maylis de Kerangal, qui se consacrera au paysage sonore des récits. Les étudiant-e-s en deuxième et troisième année ont la possibilité de se fabriquer un programme individuel dans cette palette de choix. Ils/elles suivent généralement deux à trois ateliers d'écriture par semestre.

HKB-Zeitung

septembre 2016
HKB-Zeitung

Michael Fehr, diplômé connu de l'Institut littéraire a écrit un essai impressionnant sur la constitution du handicap dans l'édition de septembre/octobre du journal de la HKB. A lire absolument, et si possible jusqu'à la dernière page du journal, car on y trouve un texte qui se penche sur le thème des frontières. L'auteure de ce texte littéraire est Baba Lussi, qui entre en troisième année à l'Institut. Son travail a vu le jour dans le cadre de l'atelier d'écriture Potenzielle Texte, qui a abordé Oulipo et l'écriture à partir de contraintes. Dans les éditions précédentes du journal de la HKB, il y a d'ailleurs aussi eu des contributions provenant de l'Institut littéraire. Par exemple, Dominik Schuppich dans l'édition sur le thème de l'argent (à la dernière page) ou Fabian Saurer et Andrea Rohner, qui ont voyagé en train de nuit pour le journal. On peut s'abonner au journal, gratuitement.

Alpen 2216

juillet 2016
Alpen 2216

"Le plan était relativement simple: pendant un mois, nous voulions – avec un groupe d'étudiant-e-s de l'Institut littéraire – remplir quotidiennement les deux tiers d'une page de journal. Une série sur le thème "Les Alpes en l'an 2216". Nous voulions nous rencontrer trois fois pendant le semestre de printemps, afin d'échanger des idées et des textes et de trouver un dénominateur commun. La réalisation a été plus ardue que prévu. La narration collective est une affaire délicate." Ce sont les dires de Silvio Huonder, enseignant à l'Institut et accompagnant de la série d'épisodes, qui a paru au mois d'août dans le quotidien Südostschweiz. Vous trouvez la présentation complète de ce projet d'écriture et des défis qu'il présente ici, vous pouvez découvrir les textes ici.

Ce projet de roman à tiroirs faisait partie de l'offre d'enseignement "Transdisciplinarité et projets" (Groupe de modules 4) du cursus de Bachelor en écriture littéraire. Dans ce groupe de modules, on recherche d'une part une collaboration avec des étudiant-e-s d'autres disciplines de la HKB (cette offre de cours est principalement organisée par l'Institut Y), d'autre part, il s'agit d'obtenir des aperçus du monde littéraire professionnel. Création de revue littéraire, situation de commande ou projets libres en font partie.

Thèses de Bachelor 2016

juin 2016
Thèses de Bachelor 2016

La soirée de lectures des diplômes – la présentation publique des thèses de bachelor – est toujours un moment oú se mêlent toutes sortes de sentiments ambivalents. Après trois années intensives d'études et d'échanges, tout s'arrête soudainement : on se sépare de la maison Rockhall IV et du quotidien dans ses murs. Soudain, il n'y a plus de menta, de mentor, qui attend un texte de notre part toutes les deux semaines. Soudain, il n'y a plus de points ECTS, qui doivent être récoltés, il n'y a plus de cours obligatoires, plus de groupes de modules, plus de délais d'inscriptions. (Ah, les délais !)
En tout cas, cette soirée du solstice d'été, lors de laquelle les diplômé-e-s actuel-le-s ont fait résonner encore une fois leurs voix dans l'Institut fut des plus agréables et nous en gardons un souvenir ensoleillé. Si vous n'étiez pas présent-e ce 24 juin dernier à Bienne, vous pouvez écouter des extraits des lectures – essentiellement germanophones cette année. Si vous préférez lire, nous vous envoyons volontiers (et gratuitement, car nous trouvons que lire est une bonne chose) un livre qui rassemble les extraits des travaux de diplôme 2016. Envoyez-nous simplement votre souhait et votre adresse à lit@hkb.bfh.ch.

Tabea Graf:

Lucien Haug:

Flurin Jecker:

Fabian Saurer:

Mathias Schmid:

Noemi Somalvico:

Andrea Rohner:

Lectures des travaux de diplôme 2016 - impressions

juin 2016
Lectures des travaux de diplôme 2016 - impressions

 

 

La Liesette Littéraire 2016

avril 2016
La Liesette Littéraire 2016

L’Institut littéraire suisse sous forme de journal : L’anthologie bilingue La Liesette Littéraire – conçue et réalisée une fois par année par une équipe rédactionnelle composée d’étudiant-e-s et d’enseignant-e-s – rassemble des textes d’étudiant-e-s ancien-ne-s et actuel-le-s de l’Institut littéraire. Dans l’édition du printemps 2016, on trouve des textes de Matthias Amann, Romain Buffat, Michaela Friemel, Flurin Jecker, Baba Lussi, Lou Meili, Julia Rüegger, Fabian Saurer, Mathias Schmid, Gian Snozzi, Noemi Somalvico, Michelle Steinbeck, Maria Ursprung et Wiebke Zollmann. A coté de la plupart des textes on trouve sa traduction en français/ en allemand. La Liesette Littéraire coûte 10 francs, frais d’envois compris et peut être commandée à l’unité ou sous forme d’abonnement à l’adresse: liesette@hkb.bfh.ch. Cet extrait vous est gracieusement offert :

La radio tourne dans le pick-up : un morceau avec des guitares électriques et de bonnes basses. Mon cœur palpite comme un malade. Vas-y dit une voix en moi, « vas-y ». // « Ça ne te dérange pas, non ? », il s’est léché le beurre du doigt, a appuyé sur le bouton ON de la télécommande de la télévision et a regardé un petit moment le départ des skieurs, avant de changer pour une chaîne qui diffusait des documentaires animaliers. // j’avais une fabrique de saucisse // Et soudain ça t’est venu, soudain tu t’es décidée : tu allais le faire. Tu allais toi-même vérifier. // Pas d’arrivée. Echanges provocants. Vin. Glouglou. Merci ça va. Sans viande. Sans poisson. Sans façons. // Anatole vient une heure trop tôt. Il porte un costume d’ours. Génial, tu es là, je dis. Je suis encore en train de cuisiner. // Les bruits de la vie extérieure meurent contre les vitres PVC, silence, acouphène. // Si on regarde assez longuement la mer, on y voit des dauphins. Et une fois, une baleine. // Comme plante j’aurais mieux vécu (comme bostryche ou champignon) //